- Un inventeur prolifique et génial
- Un homme de science
- Toutes ses inventions
- Le vélocipède à vapeur et le tricycle
- Vélocipède et tricycle : suite
- Ses autres inventions
- Ses récompenses
- Les expositions et Perreaux
- Expos
et Perreaux : suite
- Les lettres et Perreaux
- La Peinture et Perreaux
- Le cycle et son histoire
- Le cycle motorisé
- Conclusion
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- J'ai déjà dit que je continuais
mes recherches sur notre Perreaux et .... je viens de retrouver , à
la Bibliothèque Nationale de Paris, sur son site Gallica, un livre
de Jean Rey "Histoire scientifique de l'année 1888"
édité en 1889 (Perreaux est mort cette
année-là) . Le premier chapitre a pour
titre: "Histoire des Sciences- M.Perreaux de l'Orne - Ses
inventions - Les bateaux sous-marins." Je vous le
transcris ci-dessous :
- " Le nom des inventeurs est
souvent inconnu du public. A quoi sert, en effet, d'être un grand
savant, un habile inventeur, si l'on n'est pas un peu ce que
Guy-Patin appelait circulator , c'est-à-dire un charlatan ?
Je sais bien que celui qui cultive la science la cultive pour
elle-même, et non pas pour la gloire et les richesses qu'il en peut
retirer. Aussi, sans m'étonner de notre indifférence marquée pour
tous ceux qu'une vie de modestie et de travail a tenus loin de nos
agitations stériles et énervantes, enfermés qu'ils étaient dans
leurs ateliers ou dans leurs laboratoires à la recherche de
quelques solutions de problèmes intéressant l'humanité, je ne
puis m'empêcher de crier à mes contemporains le nom d'un de ces
hommes, d'un de ces bienfaiteurs. Les quelques lignes que je
consacrerai à cet inventeur serviront à établir l'histoire des
sciences.
- M.Perreaux est né le 18 février
1816, à Almenèches, dans l'Orne. Il appartient à une vieille
famille bourgeoise. Son grand-père était médecin ; (je
vérifierai cela ! j'ai vérifié et ceci est faux: il était
"tailleur d'habits" d'après l'acte de baptême de son
fils Perreaux Marin du 23.04.1789, ce dernier étant le père de
notre inventeur... Il est vrai que l'erreur était possible: un
Louis Perreaux a été maire d'Almenèches: le grand-père de notre
inventeur ou le père de Laure Perreaux, la cousine de notre
inventeur ? je pense que ce fut ce dernier...mais...) venu à Paris suivre les
cours de la rue Bûcherie, il sut, de retour dans son village,
mériter l'estime et la confiance de ses concitoyens. De 1730 à
1772, il soigna gratuitement tous ceux qui réclamaient ses
services; c'est dire que, depuis sa réception de médecin jusqu'à
sa mort, sa vie médicale ne fut qu'un long dévouement. Son fils,
le père de l'ingénieur Perreaux, ne voulut pas suivre la carrière
médicale. Malgré les conseils de ses amis, les observations de sa
famille, il n'écouta que sa propre inspiration. Son goût le
portait vers la mécanique. Avec ses ressources, il fonda un atelier
où ils fabriquaient des rouets à broches pour filatures diverses
et cordages fins.(tous les actes l'indiquent comme tourneur)
Lui-même était à la fois son maître et son
ouvrier . La vogue de ses appareils le récompensa de ses efforts.
C'est dans l'atelier de ce père toujours occupé à chercher
quelque invention, que l'ingénieur Perreaux passa ses premières
années. Et ce n'est pas sans quelque joie, mêlée d'un noble
orgueil, qu'il se rappelle les conseils et les exemples de ce père
quand il songe à ses propres travaux. N'est-ce pas à son père
qu'il doit toutes ses inventions ? Si, dès ses premiers pas, dès
qu'il put à peine parler, il n'avait pas eu ce spectacle d'un
atelier où les longues méditations se traduisaient par un labeur
incessant, pense-t-il que, de lui-même, il serait devenu un maître
dans son art? Cependant, à seize ans, il fut mis au collège de
Sées qu'il quitta en entrant en sixième pour s'adonner à la
mécanique. On raconte que Vaucanson construisit dans sa jeunesse
une horloge en bois qui marquait exactement les heures. Le jeune
Perreaux, imitant son illustre devancier fabriqua un fusil sous
forme de canne-jonc. Cette canne-jonc prenait, par son ingénieuse
disposition, la forme d'un fusil ordinaire; en s'allongeant pour
démasquer le mécanisme, elle formait une crosse articulée
permettant d'épauler. Dans l'intérieur, se trouvaient les amorces
et six charges parfaitement divisées; comme les revolvers ou les
fusils à répétition, dont on fait aujourd'hui si grand cas, elle
pouvait lancer successivement six projectiles. On pouvait
indifféremment charger cette arme par la culasse ou le haut de
l'âme. Le mécanisme de la batterie se composait d'un chien à
oreilles articulées, d'une détente se repliant sur elle-même et
des six charges réunies. Lorsque la crosse était redressée, tout
ce mécanisme disparaissait et faisait place à une canne ordinaire.
Comme on le pense bien, cette invention d'un enfant ne passa pas
inaperçue. Elle fit du bruit dans son temps. Les journaux la
célébrèrent en langage dithyrambique. Des ingénieurs, des
mécaniciens vinrent l'admirer. (la forme et les détails de
ce fusil seront donnés sur mon blog http://alifer61.blogstop.com
) Le jeune Perreaux, sur l'avis de ces hommes
compétents, partit pour Paris. Recommandé à François Arago et à
Odilon Barrot, la Chambre des Députés lui vota en 1836, grâce à
la bienveillance de ses protecteurs, une bourse à l'Ecole
théorique et pratique de Châlons. La commission militaire que la
Chambre avait nommée, chargée qu'elle était de peser les titres
de ce jeune homme, fut frappée des avantages qu'on retirerait de
son invention. Aussi, l'année suivante, 1837, on fit appliquer aux
fusils de guerre le système d'amorces. Comme dans sa canne fusil,
les capsules étaient placées dans un long tube de petit diamètre
situé parallèlement à la baguette et aboutissant à la
sous-garde. Un ressort à boudin très faible les poussait au bout
de ce tube, terminé en bec d'oiseau. Elles étaient ainsi plus
facilement prises que dans la poche pratiquée à l'uniforme
militaire et destinée à cet usage.
- A sa sortie de Châlons en 1839,
l'ingénieur Perreaux entra comme élève chez M. Gambey, membre de
l'Institut des plus distingués, célèbre par ses instruments
d'astronomie, sur la recommandation de M. Savary, professeur de
mécanique à l' Ecole polytechnique et membre de l' Institut.
Durant les loisirs que lui laissaient ses nouvelles occupations, il
construisit un bateau sous-marin à air comprimé, portant une roue
à hélice à palettes mobiles. A cette époque, on ne croyait pas
à l'avenir des bateaux sous-marins. (une
lettre de M. Arago est jointe: je la copierai dans mon blog) Arago
lui-même pensait qu'ils ne deviendraient jamais d'un grand secours.
Tous les savants partageaient cette opinion. Devancer son siècle
est chose dangereuse: témoin Galilée qui reprenant les idées de
l'Allemand Nicolas Crebs, cardinal de Cusa et du Polonais Copernic,
révéla la sphéricité de la terre et sa rotation et mérita par
sa grande science d'encourir le châtiment que l'on sait; témoin le
marquis d' Argenson qui, dès le milieu du dix-huitième
siècle, annonçant la prochaine invention des ballons, fut jugé
par ses contemporains comme un homme aux idées chimériques. Peu
s'en fallut que l'ingénieur Perreaux ne fût traité de rêveur.
Qui oserait, aujourd'hui, douter de l'avenir des bateaux
sous-marins? Le rêve d'hier ne s'est-il pas réalisé ? Certes, les
sciences physiques et mécaniques ne marchent pas toujours avec une
vitesse égale dans une voie uniforme. La mécanique était en
avance sur l'électricité. Ces deux sciences marchent maintenant
ensemble. Aussi la navigation sous-marine montrera bientôt la
puissance de l'intelligence humaine. Traçons l'historique de ces
bateaux et exposons les différents perfectionnements qu'on leur a
apportés. De cette façon l' oeuvre de l'ingénieur Perreaux sera
mieux jugés.
-
Historique des bateaux sous-marins.
- 1° - Remontons aux temps troublés du
premier Empire. On connaît l'idée fixe de Napoléon: détruire l'
Angleterre. Si on met le pied sur le sol anglais, notre ennemie
héréditaire ne commande plus au monde!... mais il faut une flotte
pour tenter la descente. La flotte trouvée, Napoléon apprend, à
nos dépens, que la mer, elle aussi, conspire contre lui. Comment la
vaincre? Fulton, à cette époque, expérimentait, dans le port du
Havre, des bateaux sous-marins. Napoléon songea à utiliser les
inventions de cet Américain. L'idée de traverser la Manche sous
les eaux, de se dérober aux vues de ses ennemis, plaisait à son
génie aventureux et téméraire. Fulton encouragé, continua
avec plus d'ardeur ses recherches. Enfin, après bien des essais, il
parvint à faire mouvoir sous l'eau des embarcations sous-marines.
Les vitesses obtenues étaient médiocres, à vrai dire. Ces
embarcations se mouvaient à l'aide de la force musculaire de leurs
équipages appliquée à des avirons. On les armait de gros canons
courts, tels qu'on les fabriquait aors aux Etats-Unis sous le nom de
columbiades. Ces canons étaient placés sur le mute
de l'embarcation et destinés à être tirés contre la carène des
vaisseaux ennemis. Les frères Coesin reprirent les expériences de
Fulton. Le succès ne répondit pas à leurs efforts; les essais
semblent avoir été interrompus, l'idée même abandonnée.
Jusqu'en 1822, cette question reste dans l'enfance, aucun progrès
ne s'accomplit. Il est juste de constater que les crises terribles
qua traversées la France ont enrayé tout esprit de travail et de
recherche. Ne nous étonnons donc pas si nous ne constatons aucun
perfectionnement. A cette date 1824, un officier de la marine
française, M. Mongéry proposa un nouveau modèle de construction.
Peu de bruit fut mené autour de ce projet qui passa presque
inaperçu. En 1842, l'ingénieur Perreaux reprenant le travail de
ses devanciers, présenta à l' Académie des Sciences, dans sa
séance du 28 mars, un bateau sous-marin construit avec une
habileté merveilleuse. Les conceptions scientifiques qui avaient
présidé à la construction de ce bateau surprenaient par leur
grandeur et leur simplicité. C'était la première fois qu'un corps
savant s'occupait officiellement de cette importante question.
Environ quinze années plus tard, MM. Payerne et Bouët, le frère
du contre-amiral, sacrifient leur fortune à la construction de
bateaux rêvés par eux. L'impulsion donnée, les essais se
succèdent rapidement. En 1858, le capitaine de vaisseau Bourgois et
M. Brun, ingénieur de première classe, intéressent le Ministre de
la Marine à des expériences commencées à Rochefort. Enfin, dès
les premiers jours de l'année 1859, un Américain présente à
l'examen de sir Baldmir Walker, directeur général des
Constructions navales en Angleterre, un projet de bâtiment vraiment
extraordinaire. Etudions, depuis 1842, les constructions réalisées
sur le modèle proposé par ces expérimentateurs.
- 2° - La condition essentielle pour
progresser dans un art quelconque, c'est de connaître les travaux
antérieurs relatifs à cet art. Le bateau présenté par M.
Perreaux à l'Académie a été certainement, et sans contestation
possible, le point de départ d'essais aussi nombreux que variés.
Ceux qui sont venus après lui ont largement utilisé ses idées et
ses résultats. Loin de nous la pensée de les blâmer. Mais il est
du devoir du chercheur notant les progrès accomplis dans une
branche de la science d'enregistrer scrupuleusement la part de
chacun.
- Le premier bateau sous-marin
construit avec une méthode scientifique raisonnée est donc celui
qui fut présenté par M. Perreaux de l'Orne à l'Académie. Ce
bateau ressemblait à un poisson aux formes très accentuées. Il
pouvait s'enfoncer perpendiculairement ou obliquement sous l'eau, se
diriger à droite, à gauche, en avant, en arrière, et, ce qui est
plus remarquable, naviguer à de grandes profondeurs sans diminution
de vitesse. Les mouvements descendants et ascendants étaient
produits par une roue à hélice à palettes mobiles. Deux
propulseurs différents le dirigeaient; l'un quand on montait ou
descendait, l'autre quand on changeait de place. Le moteur faisant
fonctionner les propulseurs était une machine à air comprimé. Cet
air alimentait ensuite l'équipage: on s'en débarrassait par un
tube cheminée à flotteur restreint lorsqu'il ne convenait plus à
la respiration. A l'avant du bateau, on remarquait des trous
d'hommes qui avaient l'apparence de tourelles. Dans l'esprit de M.
Perreaux, ces tourelles donnaient passage à des plongeurs qui,
munis d'un système respiratoire spécial, allaient découvrir les
richesses englouties dans la mer. (Un croquis
du bateau est joint: il sera reproduit sur mon blog !)
- Voilà, certes, une idée hardie et
féconde. Cette invention utilisée ou, tout au moins, l'idée mise
en pratique, il y aurait déjà longtemps que la loi émise par M.
Edouard Forbes se trouverait définitivement établie ou renversée.
On sait que M. Edouard Forbes avait remarqué, en pratiquant des
dragages multipliés dans la Mer Egée, puis dans d'autres parages,
que le nombre des animaux vivant au fond de la mer décroît très
rapidement à mesure que la profondeur des eaux augmente. On pensait
donc que la vie est impossible dans les profondeurs de la mer. En
1861, le câble sous-marin posé entre l'île de Sardaigne et
l'Algérie s'étant rompu, les ingénieurs voulant connaître la
cause qui avait entraîné la rupture, s'efforcèrent de le relever
en partie et de conserver, sans les détacher, les corps étrangers
qui s'y trouvaient fixés. M. H. Mangon, membre de l'Institut, le
trouvant incrusté d'animaux divers, remit à M. A Milne-Edwards des
fragments de ce conducteur sous-marin pêché à une profondeur de
2000 à 2800 mètres. Ce fut une révélation. La vie était
possible sous une pression de plus de 200 atmosphères et dans un
milieu où la lumière ne doit pas pénétrer. Six ans plus tard,
les sondages pratiqués par le Harrler, le Blake, le Porc-Epic,
l'Eclair, le Challenger, etc.., etc.., et il y a quelques
années par leTravailleur, et le Talisman confirmèrent
l'opinion émise par le savant professeur du Muséum. Dans ces
conditions, quels services utiles à la science ne rendraient pas
les bateaux sous-marins munis de ces appareils si perfectionnés
auxquels avait pensé M. Perreaux ! Je sais bien que les auteurs
d'une innovation mesurent rarement les conséquences que l'avenir
réserve à leur oeuvre. Mais enfin, il suffit de montrer la
possibilité d'une pareille entreprise pour entrevoir aussitôt la
grandeur des résultats. L'Académie des Sciences nomma une
commission chargée d'examiner ce bateau sous-marin. Cette
commission se composait de MM. Arago, amiral Beautemps-Baupré,
amiral Roussin, général Robert et Séguier. Les expériences
eurent lieu dans le bassin de la rue de Vaugirard. Le succès obtenu
valut à l'inventeur les félicitations de l'amiral Roussin et
l'amitié d'Arago. Ce grand électeur, comme l'appela Laplace dans
un jour de colère, n'était pas seulement un grand coeur, mais
encore un grand allumeur d'intelligences. Il admira la science de ce
tout jeune homme, modeste dans son triomphe, ferme dans des idées
qu'il croyait justes. L'amiral Roussin, lui, que la froideur de son
caractère portait à moins d'enthousiasme, ne put s'empêcher de
prédire que la roue à hélice à palettes mobiles dont était muni
ce bateau aurait un immense succès. Cette mobilité des palettes,
en inspirant les plus belles expériences sur la théorie de
l'hélice, est le premier système de ce genre dont les sociétés
savantes se soient entretenues. Telle est, rapidement faite, la
description du premier bateau sous-marin vraiment digne de ce nom.
- MM. Payerne et Bouet se sont
surtout préoccupés du moteur le plus convenable au bateau
sous-marin. Il ne fallait pas songer à la machine à vapeur
ordinaire. Le procédé le plus usité pour obtenir dans les
chaudières à vapeur l'oxygène propre à la combustion de la
houille, consiste à faire passer un courant d'air dans les foyers
au moyen du tirage de la cheminée ou de tout autre procédé
équivalent. Le vaisseau sous-marin étant privé de toute
communication avec l'atmosphère, la combustion ne s'opère plus de
cette façon. M. Payerne a pensé qu'on surmonterait la difficulté
en opérant la combustion en vase clos et en employant le
combustible pourvu lui-même de son oxygène. Cette idée n'était
pas pratique pour deux raisons: la première c'est que les produits
gazeux qui auraient pu se répandre auraient gravement compromis la
vie de l'équipage; la seconde, c'est qu'un procédé aussi
délicat, susceptible de ne pas fonctionner régulièrement,
n'aurait pas offert une sécurité absolue et aurait présenté des
dangers incessants.
- Revenant à l'idée émise par
l'ingénieur Perreaux, MM. Bourgois et Brun se proposèrent
d'employer à la défense de nos ports des bateaux sous-marins mus
par des machines à air comprimé. Comme lui, ils utilisaient à la
respiration de l'équipage l'air qui avait produit son effet moteur.
On expérimenta leur modèle au Conservatoire des Arts et Métiers.
Les résultats obtenus décidèrent la commission à engager l'Etat
à construire un bateau sur les plans proposés. Ce bateau, le
Plongeur, fut lancé à Rochefort au mois de mai 1862. Il
mesurait 44 mètres 50 de largeur; 3 mètres 60 de hauteur,
son tirant d'eau était de 2 mètres 80. Le problème de l'immersion
et de l'émersion facultatives a été résolu vers 1840 dans la
cloche à plongeur. Veut-on monter ou descendre? On a recours à
l'introduction ou à l'expulsion de l'eau. Il en est de même dans
le bateau sous-marin. Pour introduire l'eau, on laisse agir la
pression de l'eau extérieure; pour l'expulser, on se sert soit de
la pression de l'air comprimé à l'avance dans les réservoirs
intérieurs, soit de pompes à bras. La machine à air comprimé,
par laquelle il se mouvait, représentait une force de 80 chevaux.
Dans l'intérieur du bateau se trouvaient de vastes réservoirs; les
uns servaient à la compression de l'air; les autres destinés à
contenir l'eau nécessaire à l'immersion. Six millions furent
dépensés en essais infructueux. Lassés, fatigués, découragés,
les ingénieurs abandonnèrent tout projet de bateau sous-marin. Du
reste, les hommes compétents le jugeaient impraticable. Tandis
qu'en France les tentatives restaient infructueuses, en Angleterre,
un Américain prenait un brevet et s'annonçait comme ayant vaincu
toutes les difficultés. C'est là le propre des esprits audacieux,
de profiter de toutes les découvertes et d'attirer sur eux
l'attention de tous. Son bateau avait la forme d'un marsouin. Il
pouvait contenir 8,10,15 hommes. Cet inventeur prétendait être en
mesure: 1° de séjourner sous l'eau pendant un certain nombre
d'heures avec son bateau monté par deux hommes sans avoir besoin de
tubes ou de cloches, ou de tout autre appareil aboutissant à la
surface pour lui amener de l'air; 2° de faire plonger presque
instantanément son bateau et de le faire remonter presque aussi
promptement à la surface. Ce système de bateau fut expérimenté
dans le lac Michigan où l'inventeur prétendait lui avoir donné
une vitesse de trois milles à l'heure. Il pénétrait aussi dans un
port et l'explorait sous toute son étendue. Or, nous savons que,
dans nos climats, l'eau de la mer est très opaque; les objets qui y
sont plongés ne nous apparaissent pas très nets à quelques
mètres de distance. L'Américain se servait d'un tube arrivant à
la surface de l'eau d'un demi-pouce de diamètre: c'était
probablement pour transmettre à l'intérieur du bateau avec des
miroirs ou des lentilles, les images des objets extérieurs rendus
invisibles par l'opacité de l'eau. Ici se présente une objection.
Comment l'extrémité du tube se maintiendra-t-elle à fleur d'eau?
La densité de l'eau varie très peu avec la profondeur en raison de
son incompressibilité. Donc, on obtiendra très difficilement
l'état d'équilibre d'un vaisseau sous-marin à une profondeur
déterminée. De plus, son mouvement horizontal de translation se
compliquera nécessairement d'oscillations verticales rendant très
difficiles le maintien du tube à fleur d'eau. L'Américain fut
déçu dans ses espérances, démenti dans ses affirmations. En
Angleterre comme en France, les illusions se dissipèrent. La
réalité brutale montra que l'heure des bateaux sous-marins
n'était pas encore venue. (Il faudra attendre
1888: dans le port de Toulon, on a expérimenté le GYMNOTE, bateau
sous-marin, construit sur des données nouvelles: le moteur est
l'électricité emmagasinée dans des accumulateurs... Les
résultats se révélèrent très sérieux...)
- Cependant ces diverses tentatives
malheureuses suivies par tous les marins, avec passion par les uns,
avec scepticisme par les autres, - éternelle lutte de l'esprit
d'immobilité contre l'esprit de progrès, - ont été utilisés par
Jules Verne dans deux de ses ouvrages: Vingt mille lieues sous
les mers et l'île mystérieuse. Ce romancier
scientifique a remplacé dans son vaisseau sous-marin le Nautilus,
le moteur à air comprimé par l'électricité. L'électricité est
l'âme des appareils mécaniques qui font manoeuvrer le vaisseau
commandé par le capitaine Nemo. Si la fantaisie se mêle à la
science, nous disons néanmoins que M. Jules Verne a très bien
résumé les progrès accomplis jusqu'ici dans ces bateaux. Nous ne
lui adressons qu'un reproche: pourquoi a-t-il attribué à un
étranger une invention née en France, perfectionnée et
expérimentée par des savants français. Altérer la vérité
historique n'est permis à personne. M. Jules Verne qui instruit en
amusant aurait dû se souvenir qu'il est à la fois historien et
savant. (N'oublions pas que Jules Verne
1828.1905 a parlé de Perreaux dans son livre Robur le
Conquérant , qu'ils se sont peut-être côtoyés et que
l'auteur de ce récit a édité son livre en 1889!).
- 3° - M. Jules Simon, dans son
éloge de Louis-Reybaud a écrit ceci: " Il suffit de savoir un
peu l'histoire de l'esprit humain pour trouver des ancêtres à
toutes les découvertes. La grande gloire n'est pas d'inventer, mais
de réaliser. Celui qui énonce une idée en passant et l'abandonne
est moins grand que celui qui la recueille et la fait vivre."
Ce reproche ne saurait s'adresser à M. Perreaux de l'Orne. Le
premier, il a l'idée de construire un bateau sous-marin avec des
hélices à palettes mobiles; il fait vivre cette idée, si j'ose
ainsi m'exprimer, et, confiant dans son succès, il laisse au
ministère de la Marine le soin d'utiliser son oeuvre. Les plans
restent enfermés dans les cartons sur lesquels la poussière
s'accumule pendant dix-sept ans, jusqu'au jour où MM. Bourgois et
Brun les découvrent. Voilà la vérité. L'année dernière, dans
une communication faite à l'Académie des Sciences par l'amiral
Pâris au nom de M. Zédé, on n'a pas daigné se souvenir de
l'ingénieur Perreaux, bien qu'on ait rappelé les noms du capitaine
de vaisseau Bourgois, de M. Brun, de Dupuy-de-Lôme. Pourquoi cette
omission intéressée? Est-ce parce que M. Perreaux n'appartient pas
au corps des ingénieurs de la marine? Quoi qu'il en soit, et en
dépit de l'esprit d'envie et de jalousie, M. Perreaux restera le
premier inventeur des bateaux sous-marins. Justice lui est
aujourd'hui rendue. Le sic vos non vobis... ne doit pas être
vrai. Et, quoi que M. Jules Simon puisse prétendre, la gloire
d'inventer n'est pas inférieure à celle de réaliser parce que, si
d'un côté, il faut le génie, de l'autre la richesse et la
volonté sont seules suffisantes. Mais la volonté et le génie ne
vont-ils pas souvent tous les deux ensemble! N'avons-nous pas
d'exemples d'hommes énergiques vaincus dans la lutte contre la
routine et n'ayant jamais pu faire triompher leur invention? M.
Jules Simon pense-t-il que ceux qui ont réalisé les inventions de
ces hommes-là peuvent s'attribuer pour eux toute la gloire?
Ignore-t-il que les corporations sont toutes puissantes et que
chacune d'elles reprend pour son compte le fameux adage: " Hors
de notre église, point de salut". Nous disons donc à notre
tour et plus justement, que la grande gloire n'est pas de réaliser,
mais d'inventer. (à la suite de ce texte, il
a donné la liste des découvertes et inventions de Perreaux: je
vous les donne , en détail , dans les pages suivantes...)
- J'ai voulu donner tout le texte de cet auteur Jean
Rey car d'une part, il explique très bien deux inventions de
Perreaux - non inscrites dans un brevet - : la canne-fusil et le
bateau sous-marin et d'autre part, il énonce une réalité de
toujours la petitesse d'une certaine société qui s'octroie des
faits pris à autrui....
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